Association l'Enfant Bleu - Enfance Maltraitée

Saint-Dié-des-Vosges


Témoignage de Marie.

Novembre 2013

Le témoignage de Marie nous est tout d'abord parvenu avec le préambule suivant :

Bonjour,
je vous contacte car j'ai été victime de maltraitance durant mon enfance et j'aimerais apporter mon témoignage pour les enfants qui se trouvent dans la même situation ou qui l'ont été, et également pour donner mon point de vue aux professionnels concernés par ce fléau.

Je suis prête à être contactée par des personnes (sérieuses) qui voudraient réagir à mes propos.
J'aimerais que mon nom ne soit pas révélé pour ne pas causer de tort à mes proches.

Voici le témoignage de Marie :

Mon père a commencé à me frapper alors que je n'étais qu'un bébé, pour arrêter vers mes 5-6 ans.

J'ai gardé quelques souvenirs de ses coups qui étaient déclenchés par de petits riens. Je me souviens surtout de la peur constante que j'éprouvais lorsque j'étais chez lui (mes parents ont divorcé quand j'avais 2 ans). Je savais qu'à n'importe quel moment il pouvait entrer dans une rage incontrôlable.
J'avais si peur que je ne pouvais pas en parler avec lui.

Ma mère a cru que la violence s'était arrêtée après leur divorce, mais ce n'était pas le cas.
Je ne lui ai rien dit : tout simplement parce que dans ma logique d'enfant, je pensais qu'elle savait et que ce n'était " pas grave " puisque je continuais à passer des week-ends chez lui.

J'ai passé une enfance très malheureuse, même après que les coups aient cessé. J'ai toujours gardé une façade joviale, j'ai toujours cherché à être aimée. Mais le traumatisme n'est jamais parti.

Je n'ai commencé à aimer mon père qu'à l'adolescence.

Après des années sans dérapage, mon père, un jour, a de nouveau frappé ma soeur.
Il s'est alors rendu compte qu'il devait faire quelque chose. Il a donc commencé une thérapie.

Tout a alors changé. Je ne pourrais pas dire quoi en particulier, mais j'ai senti qu'il était prêt à reconnaître sa responsabilité et à en parler.
J'ai alors appris que lui aussi avait connu la maltraitance de la part de ses parents pendant son enfance.

Le fait de pouvoir en parler avec lui et de comprendre ses réactions m'a fait un bien fou.
À ce moment, il n'était pas encore prêt à voir toute la vérité en face, il essayait de minimiser ses actes et les conséquences qu'ils avaient eus sur moi. Je n'étais pas prête non plus à lui dire tout le mal qu'il m'avait fait.
Mais j'ai commencé à AIMER mon père.
Jusqu'à ce jour, je ne ressentais rien à son égard, on m'imposait de le voir car c'était mon père. J'ai vraiment eu l'impression qu'on me forçait à l'aimer, que je n'avais pas d'autre choix.
Je précise qu'aucune personne extérieure à ma famille, à part mon pédiatre, n'était au courant de tout cela. Pourtant j'aurais aimé que ma souffrance soit reconnue et prise en charge...

J'ai donc commencé ma vie d'adulte avec le soutien et l'amour de mon père.
Nos relations étaient souvent compliquées ; malgré tout, j'arrivais à lui pardonner, mais pas à oublier. Petit à petit, je lui ai parlé de ce que j'ai ressenti durant toute mon enfance, des souvenirs que j'avais. Et progressivement il a pris la mesure de ce qu'il avait fait. Au point que cet été, il s'est effondré en pleurs et m'a demandé pardon.

Je sais qu'il souffre autant que moi.

Je suis devenue mère depuis 2 ans et bien sûr toute mon histoire est venue me hanter.
La peur de reproduire.
Je sens que je ne suis pas comme les autres, que je dois constamment faire attention à me maîtriser. Car s'il y a une règle d'éducation sur laquelle je ne veux pas transiger, c'est qu'il n'y ait jamais aucune violence même verbale entre ma fille et moi.
Je veux qu'elle ait une enfance heureuse et que le jour où elle deviendra mère, elle n'ait pas à réfléchir à tout ça.
Lorsqu'elle pleure ou qu'elle s'énerve, je sens bien en moi la colère monter. Je dois faire des efforts pour trouver la compassion et l'empathie à son égard. Je lis des livres sur l'éducation des enfants, pour comprendre leurs réactions. Ça m'aide à combattre la violence que j'ai gardée en moi.
Je ne pense vraiment pas que je frapperai un jour ma fille, mais je garde cette peur au fond de moi. Et d'une certaine manière, elle m'aide à être une bonne mère car je me remets en question en permanence.

Si vous souhaitez réagir à ce témoignage, utilisez notre formulaire de contact et nous transmettrons votre message à l'intéressée.

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